jeudi 22 janvier 2026

Les câbles transatlantiques

Connaissez-vous M. Cyrus Field ? Non ?

Pourtant, nous utilisons chaque jour l’œuvre de sa vie qui a révolutionné cette fin de XIX° siècle. Ce riche entrepreneur anglais a fait fortune dans l’industrie du papier grâce à la machine à vapeur. Mais c’est grâce un projet fou pour l’époque que nous lui devons nos moyens de communication modernes.
Portrait de M. Cyrus W. Field
Hormis le télégraphe Chappe, jusqu’à l’époque Victorienne, le courrier remis en main propre est la norme et l’échange d’information se fait toujours de manière physique.

En 1837 Samuel Morse invente le code de points et traits qui porte son nom. À l’origine, il ne permet de transmettre que des chiffres. Alfred Weil, son associé, y ajoute les lettres et la ponctuation. Les lettres les plus utilisées ont les dessins les plus simples. Ce procédé permet, dès 1844, de transmettre le premier message de Washington à Baltimore. Des réseaux de câbles vont alors se développer aux Etats-Unis puis en Europe. Ils vont être principalement utilisés pour le commerce et la politique, annonçant notre société hyper connectée. Mais ces câbles ne sont tirés que sur la terre ferme.
Appareil de transmission Morse
Paul Julius Reuter s’intéresse à ce moyen de transmission et crée une société de câbles sous-marin pour transmettre les cours de la bourse de Londres au continent, car c’est la rapidité de transmission qui donne de la valeur à une information.

Cyrus Fields a la même intuition. Il imagine lui aussi un câble sous-marin mais reliant l’Amérique à l’Europe. Les scientifiques pensent que l’on ne pourra pas propulser de l’électricité sur une telle distance, que l’on ne pourra pas dérouler une telle distance de câble et surtout qu’un câble en cuivre va diffuser l’électricité dans l’eau. Enfin, les fonds marins sont encore inconnus à cette époque.
Le tracé du câble entre Valentia et Terre Neuve
Hormis les gouvernements intéressés de pouvoir communiquer rapidement avec leurs colonies, peu de gens croient en ce projet fou. Pour le réaliser, en 1856, Cyrus Field s’entoure d’une équipe d’ingénieurs dont William Thomson (le futur Lord Kelvin, celui du zéro absolu qui donnera son nom à une échelle de température), Samuel Morse et John Brend, collectionneur d’art. Deux personnes viennent à la rescousse : Faraday, qui découvre que l’on peut isoler le câble en le recouvrant de gomme végétale (gutta perca), et Henry Bewley qui met à disposition sa machine à isolation thermo plastique en étirant le latex. Le câble est isolé. L’aventure peut commencer !

Le 4 aout 1857 la compagnie du télégraphe atlantique démarre son ambitieux projet. Deux navires, l’un anglais, le HMS Agamemnon et l’autre américain, l’USS Niagara, embarquent chacun la moitié du câble car il n’existe à l’époque pas de navire possédant la capacité de transporter la totalité du câble. L’Agamemnon déroulera la première moitié du câble, puis ce sera à l’USS Niagara de poser la seconde moitié. Mais le câble se rompt au bout de quelques mètres, obligeant à reporter le départ de 24h. Une deuxième tentative se solde à nouveau par un échec au bout de 480 km. Le câble n’est pas adapté.
Le câble transatlantique
Une nouvelle levée de fond est nécessaire pour retenter l’opération. Le 10 juin 1858, les deux navires partent de Plymouth. Mais la stratégie est cette fois-ci différente. Les deux navires se rendent au milieu de l’atlantique à équidistance des deux continents, relient les deux câbles ensemble puis s’éloignent l’un de l’autre pour regagner l’un l’Angleterre et l’autre les Etats-Unis. Mais l’Agamemnon qui porte plus de 1250 tonnes de câble manque de chavirer.

Après réparation, les deux navires recommencent leur mission. Mais à plusieurs reprises, le câble se rompt. Fields est au bord de la faillite. Il réussit cependant à financer trois nouvelles missions qui verront, elles aussi, le câble se rompre.
Déroulé du câble depuis le navire
Le 4 août 1858, l’USS Niagara arrive à Terre Neuve. Quelques heures plus tard, l’Agamemnon arrive à Valentia. L’ancien et le nouveau monde sont enfin réunis. Le 16 août 1858, la reine d’Angleterre envoie un message au président américain : 90 mots qui mettront 16 h pour être transmis. Mais le télégraphe est peu fiable et les opérateurs ont beaucoup de mal à comprendre les messages. Les informations sont ralenties par la distance et à l’autre bout, les lettres se chevauchent et les messages sont inaudibles.

On augmente alors la tension du câble électrique à 2000 volts mais le câble grille, irrémédiablement abîmé. Les investisseurs pensent qu’ils ont été arnaqués. Une commission anglaise auditionne les protagonistes afin de savoir pourquoi le projet n’a pas fonctionné. Elle conclut à l’amateurisme de l’expérience.
Des machines servaient à dérouler le câble télégraphique à bord du Niagara et de l’Agamemnon.
Fields se retourne alors vers Thomson qui préconise des câbles de meilleure qualité, plus souples et plus résistants, avec un cuivre beaucoup plus pur. Thomson invente alors le galvanomètre à miroir qui permet d’envoyer un signal sur une grande distance avec une faible intensité électrique. La guerre de Sécession qui fait rage aux États-Unis confirme la nécessité du télégraphe pour coordonner les armées.

Fields envisage une nouvelle expédition et effectue une troisième levée de fond, mais les investisseurs sont frileux. Il y parvient néanmoins. L’expédition utilisera le Great Eastern qui embarquera 10 000 tonnes de câble. Le navire est beaucoup plus fiable que ses prédécesseurs.
The Great Eastenr
Le 23 juillet 1865 débute la troisième expédition qui part de Valentia. Le câble se rompt une nouvelle fois mais cette fois-ci, Fields marque l’emplacement où le câble s’est rompu. Il est confiant car les messages transmis depuis le navire au travers du câble en cours de pose sont de bonne qualité. Fields arrive à nouveau à lever des fonds permettant, le 13 juillet 1866 une quatrième tentative qui se solde par une réussite en deux semaines de pose. Terre neuve est en fête.

Les messages sont alors de bien meilleure qualité. Mais Fields n’abandonne pas le câble de la troisième mission et il arrive à le repêcher à plus de 2600 m de fond à grand renfort de communication.
Terre Neuve et l’île de Valentia deviennent d’importants centres de transmission. Peu à peu, on déroule des câbles sous-marins sous les mers et océans du globe. 20 mots transmis coûtent 20 livres en 1866 soit le salaire annuel d’un ouvrier. Les informations transmises concernent donc les courtiers en bourses.

Le monde rétrécit et la vie s’accélère. Bientôt, on pourra transmettre les nouvelles du monde entier et envoyer des images. Jusqu’en 1900, les seuls messages transmis par télégraphe par le grand public sont les naissances et les décès. En 2026, 99% des communications passent encore par des câbles sous-marins !

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