Connaissez-vous M. Cyrus Field ? Non ?
Pourtant, nous utilisons chaque jour l’œuvre de sa vie
qui a révolutionné cette fin de XIX° siècle. Ce riche entrepreneur anglais a
fait fortune dans l’industrie du papier grâce à la machine à vapeur. Mais c’est
grâce un projet fou pour l’époque que nous lui devons nos moyens de
communication modernes.
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| Portrait de M. Cyrus W. Field |
Hormis le télégraphe Chappe, jusqu’à l’époque
Victorienne, le courrier remis en main propre est la norme et l’échange d’information
se fait toujours de manière physique.
En 1837 Samuel Morse invente le code de points et traits
qui porte son nom. À l’origine, il ne permet de transmettre que des chiffres.
Alfred Weil, son associé, y ajoute les lettres et la ponctuation. Les lettres les
plus utilisées ont les dessins les plus simples. Ce procédé permet, dès 1844, de
transmettre le premier message de Washington à Baltimore. Des réseaux de câbles
vont alors se développer aux Etats-Unis puis en Europe. Ils vont être principalement
utilisés pour le commerce et la politique, annonçant notre société hyper
connectée. Mais ces câbles ne sont tirés que sur la terre ferme.
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| Appareil de transmission Morse |
Paul Julius Reuter s’intéresse à ce moyen de transmission
et crée une société de câbles sous-marin pour transmettre les cours de la
bourse de Londres au continent, car c’est la rapidité de transmission qui donne
de la valeur à une information.
Cyrus Fields a la même intuition. Il imagine lui aussi un
câble sous-marin mais reliant l’Amérique à l’Europe. Les scientifiques pensent
que l’on ne pourra pas propulser de l’électricité sur une telle distance, que
l’on ne pourra pas dérouler une telle distance de câble et surtout qu’un câble
en cuivre va diffuser l’électricité dans l’eau. Enfin, les fonds marins sont
encore inconnus à cette époque.
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| Le tracé du câble entre Valentia et Terre Neuve |
Hormis les gouvernements intéressés de pouvoir
communiquer rapidement avec leurs colonies, peu de gens croient en ce projet
fou. Pour le réaliser, en 1856, Cyrus Field s’entoure d’une équipe d’ingénieurs dont William Thomson (le futur Lord Kelvin, celui du zéro absolu qui donnera
son nom à une échelle de température), Samuel Morse et John
Brend, collectionneur d’art. Deux personnes viennent à la rescousse :
Faraday, qui découvre que l’on peut isoler le câble en le recouvrant de gomme
végétale (gutta perca), et Henry Bewley qui met à disposition sa machine à
isolation thermo plastique en étirant le latex. Le câble est isolé. L’aventure
peut commencer !
Le 4 aout 1857 la compagnie du télégraphe atlantique
démarre son ambitieux projet. Deux navires, l’un anglais, le HMS Agamemnon et l’autre
américain, l’USS Niagara, embarquent chacun la moitié du câble car il n’existe
à l’époque pas de navire possédant la capacité de transporter la totalité du
câble. L’Agamemnon déroulera la première moitié du câble, puis ce sera à l’USS
Niagara de poser la seconde moitié. Mais le câble se rompt au bout de quelques
mètres, obligeant à reporter le départ de 24h. Une deuxième tentative se solde à
nouveau par un échec au bout de 480 km. Le câble n’est pas adapté.
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| Le câble transatlantique |
Après réparation, les deux navires recommencent leur
mission. Mais à plusieurs reprises, le câble se rompt. Fields est au bord de la
faillite. Il réussit cependant à financer trois nouvelles missions qui verront,
elles aussi, le câble se rompre.
Le 4 août 1858, l’USS Niagara arrive à Terre Neuve.
Quelques heures plus tard, l’Agamemnon arrive à Valentia. L’ancien et le nouveau
monde sont enfin réunis. Le 16 août 1858, la reine d’Angleterre envoie un
message au président américain : 90 mots qui mettront 16 h pour être
transmis. Mais le télégraphe est peu fiable et les opérateurs ont beaucoup de
mal à comprendre les messages. Les informations sont ralenties par la distance
et à l’autre bout, les lettres se chevauchent et les messages sont inaudibles.
On augmente alors la tension du câble électrique à 2000
volts mais le câble grille, irrémédiablement abîmé. Les investisseurs pensent qu’ils ont été arnaqués. Une
commission anglaise auditionne les protagonistes afin de savoir pourquoi le
projet n’a pas fonctionné. Elle conclut à l’amateurisme de l’expérience.
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| Des machines servaient à dérouler le câble télégraphique à bord du Niagara et de l’Agamemnon. |
Fields se retourne alors vers Thomson qui préconise des
câbles de meilleure qualité, plus souples et plus résistants, avec un cuivre
beaucoup plus pur. Thomson invente alors le galvanomètre à miroir qui permet
d’envoyer un signal sur une grande distance avec une faible intensité
électrique. La guerre de Sécession qui fait rage aux États-Unis confirme
la nécessité du télégraphe pour coordonner les armées.
Fields envisage une nouvelle expédition et effectue une
troisième levée de fond, mais les investisseurs sont frileux. Il y parvient néanmoins. L’expédition
utilisera le Great Eastern qui embarquera 10 000 tonnes de câble. Le navire est
beaucoup plus fiable que ses prédécesseurs.
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| The Great Eastenr |
Le 23 juillet 1865 débute la troisième expédition qui
part de Valentia. Le câble se rompt une nouvelle fois mais cette fois-ci, Fields
marque l’emplacement où le câble s’est rompu. Il est confiant car les messages
transmis depuis le navire au travers du câble en cours de pose sont de bonne
qualité. Fields arrive à nouveau à lever des fonds permettant, le 13 juillet
1866 une quatrième tentative qui se solde par une réussite en deux semaines de
pose. Terre neuve est en fête.
Les messages sont alors de bien meilleure qualité. Mais
Fields n’abandonne pas le câble de la troisième mission et il arrive à le repêcher à plus de 2600 m de fond à grand renfort de communication.
Terre Neuve et l’île de Valentia deviennent d’importants
centres de transmission. Peu à peu, on déroule des câbles sous-marins sous les
mers et océans du globe. 20 mots transmis coûtent 20 livres en 1866 soit le
salaire annuel d’un ouvrier. Les informations transmises concernent donc les
courtiers en bourses.
Le monde rétrécit et la vie s’accélère. Bientôt, on pourra
transmettre les nouvelles du monde entier et envoyer des images. Jusqu’en 1900, les seuls messages transmis par télégraphe par le grand public sont les
naissances et les décès. En 2026, 99% des communications passent encore par des
câbles sous-marins !








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